La phobie sociale

Ou quand l’'opinion des autres est plus importante que la nôtre….

Définition de la phobie sociale

La phobie sociale se caractérise par une peur importante, voire permanente du regard d'’autrui.

Elle peut être liée à quelques situations précises ou se généraliser.

Elle est provoquée par deux types de situations : les relations sociales (participer à un dîner, dire bonjour à un voisin…) et les situations de performance (passer un examen, prendre la parole dans une réunion de travail…).

Persuadé qu’'il est observé et jaugé par son interlocuteur, le phobique social redoute le fait d'’attirer l’'attention sur lui. De plus, convaincu que ce qu'’il ressent (émotions ou manifestations de sa gène : peur de rougir ou de bafouiller par exemple…) est perçu par autrui, le phobique social est amené à vivre dans un état d’'hypervigilance vis-à-vis des autres et de lui-même.

Généralement conscient que ses craintes sont disproportionnées, il souffre profondément de ne pouvoir établir de relations sociales stables.

La vie quotidienne se trouve perturbée. En effet, le phobique social va modifier son mode de vie afin d'’éviter les situations redoutées.

La peur de ne pas être à la hauteur des situations à venir, la crainte de laisser paraître son trouble (rougir, bafouiller…) deviennent envahissantes, favorisant l’'installation d’'un sentiment d'’infériorité et un repli sur soi.

En adoptant une conduite dite « d’'évitement », il entre dans un cercle vicieux qui pérennise sa phobie sociale et le conduit fréquemment à la solitude.

Ainsi, la vie familiale, sociale, scolaire et professionnelle du phobique social peut, selon le degré d'’anxiété, être profondément affectée par ce trouble.

Les causes de la phobie sociale ne sont pas encore bien connues, mais on considère que des facteurs bio-psycho-sociaux interviennent dans le développement de cette pathologie (entre autres : troubles hormonaux, carences affectives, événements stressants ou traumatisants).

La phobie sociale est souvent associée à des troubles dépressifs ainsi que des comportements addictifs (alcool, médicaments).

Critères diagnostiques* de la phobie sociale

A. Une peur persistante et intense d'une ou plusieurs situations sociales ou bien de situations de performance durant lesquelles le sujet est en contact avec des gens non familiers ou bien peut être exposé à l'éventuelle observation attentive d'autrui. Le sujet craint d'agir (ou de montrer des symptômes anxieux) de façon embarrassante ou humiliante.

B. L'exposition à la situation sociale redoutée provoque de façon quasi systématique une anxiété qui
peut prendre la forme d'une Attaque de panique liée à la situation ou bien facilitée par la situation.

C. Le sujet reconnaît le caractère excessif ou irraisonné de la peur.

D. Les situations sociales ou de performance sont évitées ou vécues avec une anxiété et une détresse intenses.

E. L'évitement, l'anticipation anxieuse ou la souffrance dans la (les) situations(s) sociale(s) ou de performance redoutée(s) perturbent, de façon importante, les habitudes de l'individu, ses activités professionnelles (ou scolaires), ou bien ses activités sociales ou ses relations avec autrui, ou bien le fait d'avoir cette phobie s'accompagne d'un sentiment de souffrance important.

F. Pour les individus de moins de 18 ans, on ne porte le diagnostic que si la durée est d'au moins 6 mois.

G. La peur ou le comportement d'évitement n'est pas lié aux effets physiologiques directs d'une substance ni à une affection médicale et ne sont pas mieux expliqués par un autre trouble mental (p. ex. le trouble panique avec ou sans agoraphobie).

H. Si une affection médicale générale ou un autre trouble mental est présent, la peur décrite en A est
indépendante de ces troubles; par exemple, le sujet ne redoute pas de bégayer, etc...
Les caractéristiques habituelles associées à la phobie sociale comprennent une hypersensibilité à la critique, à une évaluation négative ou au rejet, une faible estime de soi ou des sentiments d'infériorité.
Les sujets ayant une phobie sociale craignent souvent une évaluation indirecte par les autres telle que
de passer un examen.

Lutter contre la Phobie Sociale

Les Thérapies Cognitivo-Comportementales ou TCC (qui visent à modifier les comportements inappropriés et les pensées inadaptées) ont démontré leur efficacité dans le traitement de la phobie sociale.

L’'apprentissage de comportements sociaux adaptés (savoir se présenter, parler calmement et distinctement…), la simulation par jeux de rôle des situations sociales évitées (demander son chemin, aller à une soirée…) et leur réintroduction progressive (on parle "d’'exposition") dans la vie du patient favorisent la mise en place de relations sociales plus satisfaisantes.

D’'autres types de thérapies peuvent y être associées, la plus connue étant l’'analyse ou psychanalyse (qui vise à identifier des causes dans le passé).

Les symptômes de la phobie sociale peuvent être soulagés efficacement par un traitement antidépresseur, notamment de la classe des inhibiteurs de la recapture de la sérotonine. Un traitement anxiolytique peut également être prescrit.

Votre médecin généraliste pourra vous orienter vers un médecin psychiatre ou un psychologue clinicien susceptible de vous aider (seuls les médecins sont habilités à prescrire des médicaments).

La pratique d’'une technique de relaxation (yoga, sophrologie,) et de certains sports (natation, jogging…) est également indiquée.

Quelque soit la technique choisie, elle permettra de mieux maîtriser les tensions et d’'acquérir des réflexes facilitant la détente, voire le sommeil.

Les groupes de parole peuvent s'avérer très efficaces dans le traitement de l'anxiété. Le soutien apporté par la rencontre de personnes vivant les mêmes difficultés et par l'échange de suggestions sur les moyens de les affronter favorise la mise en place d'un comportement plus dynamique face à son trouble.

Dans tous les cas, s’'impliquer, par une attitude active, dans le combat quotidien contre l’'anxiété portera ses fruits !

Rédaction :
Myriam Goupil, septembre 2006.
Avec l’'aimable collaboration de Benoît Monié, psychologue clinicien (Toulouse).

Sources bibliographiques :
* Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux (DSM-IV - American Psychiatric association). Traduction française, Paris, Masson, 1996, 1056p
Documentation des Associations Revivre, Progredientes, AFTA.
"L’'estime de soi, Mieux s’'aimer pour mieux vivre avec les autres", Christophe André et François Lelord (Odile Jacob).